novembre est là, l'année interminable se clôt dans une soixantaine de jours. comme à chaque fois, des nouvelles de ibrahim, hadeel aussi maintenant, et puis cette fois je partage trois lectures - de dean spade, kai cheng thom et sarah aziza.
hello les copaines,
je commence cette newsletter avec une semaine d’avance. c’est rare.
au cours des jours d’écriture, la ville d’al fashir est tombée et le génocide s’y poursuit, avec l’implication des emirats arabes unis, entre autres. francesca albanese a été traitée de sorcière par le porte parole de l’entité coloniale, qui d’ailleurs a aussi sa main dans les violences au soudan, et allume et éteint le cessé le feu à gaza, tout en continuant, avec les états-unis, d’attaquer et faire pression sur le (sud) liban parce que, what is un cessé le feu après tout ? j’ai cru voir que trump a simultanément annoncé des travaux à la maison blanche et coupé les aides alimentaires aux plus démuni·es. sarkozy dort en prison sans doute la tête haute entre un sandwich au thon et un yaourt. et l’ouragan melissa. et des massacres policiers au brésil.
c’est vraiment une petite partie du pot pourri actuel. hier à un fête queer, tous les τι κάνεις (“ça va”) étaient suivis de mous. on en a ri. après tout, c’était une fête pour la future naissance d’une enfante qui sera élevée en co-parentalité queer. et être ensemble ça faisait du bien.
depuis la dernière newsletter, un cessez-le-feu est entré - plus ou moins - en effet. les réactions ont été différentes pour ibrahim et hadeel. lui s’est d’abord réjoui, il a senti tout son avenir se réouvrir, il m’a parlé de ses projets. puis il est retourné voir leur maison quelques jours plus tard. il a vite déchanté. hadeel, elle, a d’abord ressenti plus fortement le deuil de son frère, assassiné l’année dernière. il lui manque. à chaque fois que les bombardements ont repris, la terreur et le désespoir aussi.
pour les nouvelles plus précises d’ibrahim : sa famille et lui sont toujours dans la pièce qu’iels ont réussi à louer sur le toit en dehors de gaza ville. leur appartement dans le nord de gaza ville a été totalement détruit, plus rien ne reste. il décrit une immense tristesse, il ne sait pas comment reconstruire sa vie. il parle de quitter gaza et à vrai dire je ne sais pas quand et si la frontière ouvrira. ni ce qui sera vraiment possible. leur situation semble stable, les enfants retournent à l’école dans des tentes, sa mâchoire est presque remise (mais il doit encore mastiquer d’un seul côté) et dans tout cela j’ai oublié de lui demander s’il a récupéré les perruches, qu’il avait déposées chez un ami.
quant à hadeel : elle a réussi à trouver une école qui accepte raseel, sa fille ainée. elle a recommencé à travailler comme avocate, en particulier auprès des femmes puisque c’est son centre d’intérêt et de spécialisation. elle parle aussi de quitter gaza, en cherchant des bourses pour faire un master de droit à l’étranger. nous sommes preneurses de toutes pistes sur ces sujets, sachant qu’elle parle bien anglais. son go fund me peine à décoller, ce qui pourrait l’aider c’est de partager en privé à des personnes de confiance qui ont la possibilité d’aider ou de partager à leur tour.
revoici les liens :
_ pour ibrahim : https://gofund.me/7afedc7e2
_ pour hadeel : https://gofund.me/583b0d1c6
merci pour tout ce que vous avez déjà fait pour iels.
quelques nouvelles d’athènes. ça y est, j’ai internet, un lit, un bureau, des cartes postales et affiches au murs. les oreillers sont arrivés cette semaine.
j’ai été à un karaoke queer en grec, je comprends de plus en plus même si je ne fais pas encore læ maline linguistiquement parlant. je suis à la phase où je commence à sortie de ma zone de confort et faire des fautes en public avec des inconnus. par exemple, hier, en allant acheter un cadeau pour la bébé, j’ai utilisé le mot μαύρο (“mavro”, noir, un des premiers mots que j’avais appris pour demander du thé noir au café) au lieu de μωρο (“moro”, bébé) et je me suis repris avec beaucoup d’embarras parce qu’au lieu de faire une faute qui ne veut rien dire de particulier, j’avais fait une faute qui donnait une phrase très raciste. bref, je me reprends souvent, je m’excuse souvent, et j’ai des petits fou rires tout seule et en groupe quand je raconte mes déboires.
j’ai eu un rendez-vous avec julie, mon agente, pour parler des prochaines étapes du manuscrit. julie m’a suggéré des remaniements qui me semblent pertinents. cela me réjouit d’avoir des lignes directrices et de m’y remettre.
le reste de la newsletter sera dédiée à trois lectures.
je voulais faire un déroulé très clair et tout lier de manière fine et subtile, mais je me rends compte que c’est mieux de vous laisser, vous, lecteurices, faire les rapprochements et les comparaisons qui vous intéressent. donc j’ai simplement fait une partie par livre avec les reflections auxquelles chaque bouquin me renvoit.
si vous avez lu, ou que vous lisez ces livres ou ces auteurices, je suis preneurse de vos impressions.
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