Une lettre qui raconte un épisode de vie, ou comment je me suis retrouvæ à loger possiblement de manière totalement illégale mais quand même protégée par la loi grecque. Avec les dates des prochains ateliers et des lectures. Et aussi, des nouvelles d'Ibrahim et sa famille.
Καλημερα et welcome les copaines,
[Je vous écris de mon salon, j’ai mis la playlist Spotify “best greek hits 2024”, proposée en bannière, il fait soleil mais j’ai une bouillotte calée dans le dos - on est le 31 et j’espère faire une sieste avant d’entamer les festivités.]
C’est 2025, ça veut dire qu’on a vu un quart du siècle en cours. Je ne sais pas vous, mais j’ai l’impression qu’en vingt-cinq ans j’ai vécu trois vies. Et c'est partiellement vrai, je suppose.
J’ai cru à différents moments de ces vingt-cinq années que j’étais des personnes différentes. J’ai eu trois prénoms - d’ailleurs je vais enfin essayer de faire officiellement changer le prénom sur mes papiers - et ça c’est clairement un marqueur. De quoi, je ne sais pas exactement. Mais un marqueur.
Je vais vous raconter une histoire réelle aujourd’hui, un bout de ma vie athénienne. Elle est plutôt légère même si on sera d’accord pour dire qu’elle est symptomatique de quelque chose de plus profond et que le capitalisme est une plaie.
[Forever islamo-gauchistement vôtres.]
Mais d’abord, des nouvelles d’Ibhrahim et sa famille : iels vivent toujours dans une tente, sauf que l’hiver est installé et la pluie et la boue aussi. Une nuit il a attrapé froid par la tête et cela lui a causé des douleurs toute la journée suivante. Les enfants doivent être entouré·es de tout ce qu’ils peuvent, vêtu·es de plusieurs couches de vêtement pour dormir. Plusieurs bébés et au moins un adulte étant mort·es d’hypothermie ces dernières nuits, les risques sont réels. On parle de personnes qui vivent depuis 450 jours avec la faim, la soif, la destruction de toute leur vie, l’absence de soins, la peur, la terreur… Survivre des nuits froides, humides et boueuses est un miracle.
Ibhrahim a augmenté l’objectif du Go Fund Me parce que la famille est obligée d’utiliser une partie des fonds - initialement récoltés pour traverser la frontière lorsqu’elle s’ouvrira, on l’espère - à vivre. Il semblait se sentir coupable de commencer à utiliser l’argent, mais à vrai dire je trouve ça normal. Survivre maintenant, et aviser quand la frontière s’ouvre, me semble logique. Voici le lien si vous pouvez contribuer un peu, et si vous voulez suivre Ibrahim c’est ici.
Il a récemment perdu des ami·es, c’est désolant, je ne sais pas tellement pas quoi dire de plus. Il ne mérite rien de ce qui lui arrive, sa famille non plus, sa ville non plus.
Et j’ajoute - j’ai l’impression d’être collecteur·se de cagnottes -, un mot pour la cagnotte d’Amina, à Mayotte cette fois. C’est l’amie d’un proche, elle a besoin d’aide pour s’assurer de pouvoir reconstruire sa maison. Si vous voulez participer, c’est ici.
Merci d’avoir suivi l’intro.
...